Murat-sur-Vèbre

Au coeur de la civilisation des statues-menhirs

Les premiers paysans et éleveurs de la fin de la préhistoire (3 300 à 2 200 ans av. J.C.) ont façonné et dressé les statues-menhirs retrouvées en grand nombre dans les Monts de Lacaune.

Présent il y a quelques 700 000 ans dans la basse vallée de l'Agout, l'Homme ne s'installe durablement dans les Monts de Lacaune que beaucoup plus tard : à la fin du IVème millénaire et durant le IIIème millénaire avant notre ère. Après une phase apparente de déprise humaine au cours de la Protohistoire, la région est densément occupée à l'époque gallo-romaine.

Les vestiges archéologiques emblématiques en sont sans nul doute les statues-menhirs. Menhirs gravés ou sculptés, leurs contours ont forme humaine. On distingue les féminines avec la présence de seins et d'éléments de parure, les masculines avec "l'objet" de nature encore mystérieuse associé au baudrier...

Découvertes il y a plus d'un siècle par l'abbé Hermet aux confins des départements de l'Aveyron, du Tarn et de l'Hérault avec une forte concentration dans les Monts de Lacaune, les archéologues s'accordent pour les dater de la fin de l'époque néolithique ou de l'Age du Cuivre. Elles restent une des dernières enigmes archéologiques du territoire national. On ne sait encore qui étaient ces personnages : divinités, chefs religieux ou chefs coutumiers, ancêtres ou guerriers valeureux ?

Le centre d'interprétation installé dans les locaux de l'Office de Tourisme des Monts de Lacaune au coeur de Murat-su-Vèbre propose deux grandes salles d'exposition consacrées aux premiers paysans et éleveurs de la fin de la préhistoire (3 300 à 2 200 ans av. J.C.) qui ont façonné et dressé les statues menhirs dont une douzaine d'exemplaires sont exposés.

 

De Boissezon de Matviel à Murat sur Vèbre, une longue histoire

De Boissezon de Matviel à Murat sur Vèbre, une longue histoire

L’histoire moderne de Murat s’inscrit pour l’essentiel dans celle du Languedoc, la patria lingue occitane, avec les us et coutumes propres à une région de montagne traversée par les chemins de passage entre la plaine languedocienne et l’Albigeois, des chemins déjà empruntés à l’époque romaine. A l’apogée des comtes de Toulouse, ses terres appartiennent aux Trencavel avant d’être rattachées au comté de Castres donné aux Montfort, les « français » vainqueurs de la croisade qui a conduit au rattachement du Languedoc à la couronne de France.

Après quelques citations de Murat ou de Boissezon dans l’Histoire Générale du Languedoc, un des tous premiers manuscrits sur le pays en 1329, en précise l’organisation : la paroisse de Murat avec celles de Canac, La Bessière et Boissezon constituent la communauté de Boissezon de Matviel. Les droits seigneuriaux se partagent alors entre Guillaume de l’Estendard et ses frères qui vivent dans le fort de Boissezon et Déodat de Caylus coseigneur des baronnies de Caylus et d’Olargues. Nous sommes à la veille de la guerre de cent ans au cours de laquelle la seigneurie de Boissezon et Murat voisine avec la Guyenne anglaise et se trouve sous la menace des chevauchées du Prince Noir.

Aux de l’Estendard succèdent au début du XV° siècle, une branche cadette des Peyrusse de Peyrusse-le-Roc et de La Caze (Rouergue), un lignage qui avec leurs biens de Lombers sont des mieux dotés dans le comté de Castres. Ils adhèreront très tôt à la religion réformée et participeront activement aux guerres de religion. Antoine après la prise de Castres en sera l’un des gouverneurs. Son fils Pierre, participera à nombre de combats dans le Castrais ou sur des champs de bataille plus éloignés. Lieutenant du comte de Montgomery il participera localement à la reddition du fort de Nages. Tué lors d’un siège, la seigneurie de Boissezon revient à sa sœur Aldonce qui avait épousé en 1575 Guillaume de Génibrouse seigneur de Saint-Amans. Le premier Génibrouse seigneur de Boissezon et Murat décède en 1593 dans son château de Canac.

Une église réformée dite de Boissezon, Murat, Canac, Arnac et la moline basse, confirmée par un registre de son consistoire (Archives Nationales, TT235, dossier 16) s'est constituée autour des seigneurs et des notables de la communauté.

Les Génibrouse, seigneurs de Saint-Amans et souvent d’autres places par leurs mariages resteront seigneurs de Boissezon jusqu’à la Révolution. Aux Caylus les autres coseigneurs, succèderont les Thésan-Poujol une importante famille, si ce n’est la plus puissante du Haut-Languedoc au XVIIème. Les relations entre ces deux familles alterneront entre épousailles et procès. Lors d’un mariage en 1687, Boissezon et Murat passeront dans les biens de Thomas de Thésan vicomte du Poujol alors seigneur de Nages mais reviennent bientôt aux Génibrouse par décision de justice.

Pendant la période révolutionnaire, la conscription et la Constitution civile du clergé qui sera refusée par les prêtres du pays conduira à des troubles. L’un des meneurs ou réputé comme tel sera guillotiné à Lacaune en 1793 et il en sera de même pour un vicaire de la paroisse. Murat avec ses nombreux et peuplés hameaux était devenu le centre économique de la communauté de Boissezon. L’organisation administrative issue de la Révolution consacre Murat chef-lieu de la commune. En 1804, la paroisse de Murat avec ses 1 540 habitants devance largement celles de Canac (353), La Bessière (341) et Boissezon (258).

En ce début du XIX° siècle, les sentiers muletiers qui relient Murat au Bas-Languedoc ou à Castres s’améliorent et deviennent accessibles aux charrettes. La construction du pont de La Mouline se termine en 1826 et l’ouverture de la grande route de Toulouse à Lodève facilite les communications. Les échanges se développent et le conseil municipal décide de rajouter à la foire annuelle du 22 juillet, deux autres foires les 8 mai et 18 septembre. La commune, chef lieu de canton, dispose ainsi de trois foires à Murat et de deux à Boissezon, les 11 juin et 29 avril.

En 1862, Murat avec ses quatre paroisses compte 2 964 habitants y compris ceux qui dépendent des paroisses voisines de Condomines et de Moulin-Mage où se sont construites de nouvelles églises. Elle prend son nom définitif de Murat-sur-Vèbre par décret du 17 juillet 1891, le petit train arrive en 1901 ...

bernard.roumestant@wanadoo.fr

Un nouveau regard sur l'histoire de Murat

Un nouveau regard sur l'histoire de Murat

Chroniques de Boissezon-de-Matviel et de sa paroisse de Canac

Les chroniques racontent le quotidien des habitants de la communauté de Boissezon de Matviel, devenue à la Révolution la commune de Murat et le chef lieu du canton. Elles sont présentées dans le cadre des grandes séquences historiques de l'Histoire de France. Elles débutent sous le règne de Philippe VI de Valois lorsque les premiers manuscrits en occitan ancien permettent de bien connaitre l'organisation de la communauté et ses tenanciers et ... quand le premier recensement est réalisé dans le royaume de France ! L'un de ces documents est signé la veille de la fête de la sainte Madeleine, une date restée importante jusqu'à aujourd'hui, c'est celle des grandes fêtes de l'été. Elles se terminent dans les premières années de la Troisième République, la Belle Epoque aussi pour les sociétés rurales de montagne quand l'école pour tous s'installe dans les hameaux les plus reculés.

L'époque moderne est présentée par des souvenirs, les premières photographies et la transcription de documents familiaux comme le livre de compte d'un cultivateur ... 

Format livre dos carré collé avec couture, couverture et cahier des illustrations en quadrochromie. Imprimerie Pèriè, Lacaune, 2013. En vente dans les Tabac-Presse locaux et auprès du secrétariat de "Sauvegarde du patrimoine de Canac" (bernard.roumestant@wanadoo.fr / O5 63 37 46 62) : 19,50 euros (envoi par la poste : 25 euros)

SOMMAIRE

AVANT-PROPOS

L'HISTOIRE : Le temps de la guerre de Cent Ans (1328 - 1453) / Les Renaissances (1453 - 1559) / Les guerres de Religion (1559 - 1629) / Les rois absolus ( 1630 - 1715) / La France des Lumières (1715 - 1789) / Révolution, Consulat, Empire (1789 - 1815) / Les chemins de la liberté (1815 - 1906)

LA MEMOIRE : Coup de foudre entre Canac et Boissezon /  Le livre de compte d'Hippolyte du Ga / Les morts de la grande guerre / Canac à la Libération / La cansou dé Canac / La culture des fraises / La centenaire du canton / La sauvegarde des vestiges du château

ANNEXE : Généalogie des seigneurs de Boissezon

SOURCES ET BIBLIOGRAPHIE

Les Monts de Lacaune dans la Revue du Tarn

Le numéro de printemps 2014 de la Revue du Tarn est consacré à la Montagne Tarnaise

La Revue du Tarn consacre son numéro de printemps à la Montagne Tarnaise et ce samedi 12 avril, son Rédacteur en chef Robert Fabre, la présidente de la Fédération des Sociétés Intellectuelles du Tarn Sophie Bouyssou sont venus le présenter dans les Monts de Lacaune.    Au menu : visite du musée des mégalithes à Murat-sur-Vèbre et repas des os à Nages. Et un brin d’histoire, évoquée par Daniel Vidal : outre Henri Amen, Paul Rouanet et Jean Record, qui ont beaucoup œuvré pour la conservation des vieilles pierres, le jeune maire évoqua Victor Rascol. Ce dernier fut, pour son cher canton de Murat, l’un des premiers chroniqueurs historiques. C’était entre 1877 et 1883. Dans la Revue du Tarn, évidemment.

L’ouverture de ce n° 233 est confiée à Robert Pistre. Le fondateur du Centre de recherches du patrimoine de Rieumontagné ne se dérobe pas : il fait flèche de tout bois pour magnifier sa petite patrie, développant en courts paragraphes lieux et associations, tout ce qui, là-haut, honore la mémoire des anciens et leur savoir-faire de paysans et artisans à l’écart du monde. Christian Servelle, le fondateur « scientifique » du musée des statues-menhirs, s’interroge toujours sur le mobile qui a conduit ces peuples ancestraux à buriner les mégalithes. Cinq millénaires plus tard, c’est un manuscrit  que Bernard et Marie-Louise Roumestant décryptent avec patience, celui du consistoire de Boissezon-de-Matviel entre 1570 et 1584. Une église réformée locale active : elle baptisait 12 enfants par an.

Légende photo : Pour les visiteurs du jour, Christian Servelle évoque ici la vie et l’œuvre des Muratais de jadis.  

Victor Rascol, un érudit muratais du XIX° siècle

Victor Rascol, un érudit muratais du XIX° siècle

Victor Rascol (1824 - 1909), docteur-médecin à Murat, membre de l'Académie des sciences, inscriptions et belles lettres de Toulouse a publié de nombreuses études scientifiques et proposé la première "Histoire du canton de Murat"

Victor Rascol est né à Lacour, une belle propriété agricole à quelques kilomètres du bourg de Murat-sur-Vèbre, dans une famille de la bourgeoisie catholique locale. Son père est percepteur des contributions, son oncle curé de la paroisse de Murat, un de ses frères sera juge de paix, maire ... Aprés des études supérieures à l'université de Montpellier, il obtient son diplôme de docteur en médecine, profession qu'il exercera sur Murat jusqu'à la fin de sa vie. Il assurera aussi le service médical gratuit de quatre paroisses du canton pour les indigents, 70 sur les 1 480 habitants de la 2ème circonscription. 

Membre de l'Académie des sciences, inscriptions et belles lettres de Toulouse, correspondant d'une Société Médicale, il publiera de nombreuses études à partir de ses observations, accompagnant la profonde mutation de la médecine durant sa longue carriére qui a dépassé la moitié d'un siècle; il soigne ses premiers malades par des saignées et, contemporain de Pasteur, il appréciera la vaccination.

Reconnu par ses pairs, ses études seront publiées dans des revues savantes autour de 1880 et aujourd'hui par les cahiers de Rieumontagné. Ce sont ses travaux à partir de 1860 sur ce petit coin du théatre du monde, le canton de Murat, qui sont les plus connus. Il l'explore, selon la mode du temps, sous tous ses aspects, la météorologie, la géologie, la flore, la faune, ses modes de culture, recherchant sur le terrain les traces de l'histoire des hommes, fouillant dans les archives ... L' "Etude sur le canton de Murat" annotée par Emile Jolibois, le premier des "grands" archivistes du département, est publiée dans la Revue du Tarn et rééditée en 2006 par le Centre de Recherche de Rieumontagné.

Il s'enflammera lorsque la géographie officielle situera Murat sur le Viau alors qu'il est en réalité sur le Graissentous; encore si l'on avait mis Murat sur Vèbre, l'erreur eut été moins choquante. L'administration, par un décret du 17 juillet 1891, lui donnera raison : Murat-sur-Vèbre !

J'ai ouvert le sillon, à d'autres de l'agrandir écrit-il en 1896. Au soir de son cycle terrestre, devenu aveugle, il évoque ses huit enfants, malheureusement réduits à sept, son labeur dans la bataille pour la vie et ... sa passion pour l'étude, ce "solatium vitae" si justement recommandé par Pline, l'un de ses maîtres.

ROUMESTANT (Bernard), Répertoire du patrimoine en Haut-Languedoc, CRPR, Rieumontagné, 2006